Remise du Prix Grace-Pépin de l’accès à l’information 2017

Notes d’allocution de Suzanne Legault, Commissaire à l’information du Canada

Ottawa (Ontario)
Le 26 septembre 2017

La version prononcée fait foi


Bienvenue à la Conférence du droit à l’information.

La Journée internationale du droit à l’information est célébrée chaque année le 28 septembre pour promouvoir notre droit d’accès à l’information gouvernementale. Il y a des activités partout dans le monde et au Canada cette semaine pour informer les Canadiens et les Canadiennes de notre droit d’accès et pour l’inciter à s’en prévaloir et à le protéger. C’est exactement ce que cette conférence se propose de faire en examinant l’accès à l’information sous l’angle d’un droit fondamental de la personne.

Nous célébrons également le droit à l’information en soulignant les réalisations d’une personne ou d’une organisation qui fait progresser l’accès à l’information au Canada grâce au Prix Grace-Pépin. J’ai créé ce prix en 2011 avec mes homologues provinciaux et territoriaux pour commémorer l’ancien commissaire à l’information John Grace, et Marcel Pépin, le président fondateur de la Commission d’accès à l’information du Québec. Le prix vise à célébrer ceux qui ont contribué de manière considérable au droit à l’accès à l’information et dont le travail a eu des répercussions positives sur l’accès à l’information au Canada. Les lauréats des années précédentes comprennent :

  • Elizabeth Denham, commissaire à l’information pour le Royaume-Uni
  • Ken Rubin et la Commission de vérité et de réconciliation du Canada
  • Le professeur Alasdair Roberts, chercheur de file dans le domaine de l’accès à l’information
  • Laurence Kearley, président de l’Association canadienne d’accès et de protection des renseignements personnels
  • Darrell Evans, président et directeur exécutif du Canadian Institute for Information and Privacy Studies Society
  • Le Programme de certificat en accès à l’information et protection des renseignements personnels, du département de l’éducation permanente à l’Université de l’Alberta

Pour le prix de cette année, nous avons reçu cinq nominations formidables. Je remercie le comité de sélection de cette année pour leur temps et pour avoir pris soin d’examiner attentivement chacune des candidatures. Un merci particulier à :

  • Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada
  • Sean Holman, professeur de journalisme à l’Université Mount Royal
  • Peter Di Gangi, directeur de recherche au Algonquin Nations Secretariat
  • Toby Mendel, directeur exécutif au Centre for Law and Democracy

Le prix de 2017 est très spécial pour moi. C’est la dernière fois que je le remettrai en tant que commissaire à l’information du Canada. Par un curieux hasard du destin, je le remets à quelqu’un que j’ai rencontré très tôt dans mon parcours sur la voie de l’accès à l’information, à Lima, au Pérou, lors d’un atelier international organisé par le Centre Carter. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois le lauréat de cette année, M. Darce Fardy. Moi, la néophyte, et lui, le spécialiste de l’accès à l’information. J’ai immédiatement tissé des liens avec Darce pour de nombreuses raisons qui vous paraîtront bientôt évidentes.

L’attachement de Darce à la cause de l’accès à l’information s’étend sur six décennies. Son travail en tant que journaliste à la Canadian Broadcasting Corporation, qu’agent d’examen pour la Nouvelle-Écosse ainsi que fondateur et président de la Nova Scotia Right to Know Coalition est marqué par des années de défense acharnée de la transparence et de la responsabilité gouvernementales.

Darce a été un champion de l’accès à l’information tout au long de ses 43 années de carrière à la CBC. Il a notamment été responsable des émissions The Fifth Estate, Marketplace, Venture, The Journal et Man Alive, dans lesquelles lui et son équipe faisaient la lumière sur les activités du gouvernement d’un océan à l’autre.

Après sa carrière à la CBC, Darce est devenu le premier agent d’examen à plein temps de la Nouvelle-Écosse, un poste que nous connaissons maintenant sous le nom de commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de la Nouvelle-Écosse. Comme Darce l’écrivait dans le Chronicle Herald : « Mon métier, c’était le journalisme. J’ai travaillé pour la CBC pendant 40 ans dans quatre provinces. Quand j’ai pris ma retraite, on m’a offert la possibilité de devenir le premier agent d’examen de l’accès à l’information de la Nouvelle-Écosse. Pour un journaliste, c’était comme trouver un filon d’or. J’allais recevoir des demandes de gens qui voudraient que j’examine les réponses du gouvernement à leurs demandes d’accès à l’information. » (traduction)

Je connais très bien les bons côtés et les défis du poste, mais Darce a eu du fil à retordre : il a dû mettre sur pied le bureau sans disposer d’espace, sans ordinateur, sans soutien gouvernemental, sans personnel et avec peu de moyens financiers – même s’il dit qu’il aurait fait le travail pour le prix de son dîner. Il a plus que réussi à créer ce bureau. En 10 ans, il a rédigé 150 rapports, parcouru la province pour faire la promotion du droit d’accès à l’information et soutenu le travail des coordonnateurs en leur offrant une formation continue. Il est un véritable champion de l’accès à l’information.

Darce a quitté le poste de commissaire à l’information quand il était dans la fleur de l’âge, à 72 ans. Plutôt que de prendre sa retraite, il a fondé la Nova Scotia Right to Know Coalition, et il en a été le président jusqu’en 2012. La Coalition aidait activement les utilisateurs à présenter des demandes d’accès à l’information et faisait la promotion du droit d’accès. Dans sa lettre d’appui à la candidature de Darce, le président actuel de la Right to Know Coalition, Michael Karanicolas, disait : « Pendant tout le temps où il a travaillé à la Coalition, Darce s’est fait le champion infatigable des petites gens, aidant les demandeurs de toutes conditions, et en particulier ceux qui ne savaient pas comment s’y retrouver dans le système. » (traduction) La Coalition a reçu une Médaille du jubilé de la Reine en 2012.

Certains d’entre vous savent peut-être que Darce a reçu un diagnostic de démence peu après avoir quitté ses fonctions à la Right to Know Coalition. Fidèle à sa mission, il a décidé de partager son expérience avec les autres en ces temps difficiles. Formidable raconteur, Darce relate son expérience dans les colonnes du Chronicle Herald d’Halifax. Comme il l’écrit : « Je me prépare pour une autre ronde. » (traduction) Je vous encourage à lire ses articles parce qu’ils témoignent de son esprit et de son talent pour décrire le monde.

Darce a eu une carrière extraordinaire, mais cela n’aurait pas été possible sans la contribution de sa merveilleuse épouse, Dorothea. Dorothea a soutenu Darce tout au long de sa carrière d’ardent défenseur de droit d’accès à l’information.

Darce et Dorothea se joignent à nous cet après-midi par téléphone. Darce, je suis vraiment ravie de vous remettre ce prix au nom de mes collègues des provinces et des territoires. C’est un honneur bien mérité pour un homme honorable.