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Discours

Année


Terre-Neuve-et-Labrador

Atelier sur l’accès à l’information et la protection des renseignements personnels 2010

Convergence de l’accès à l’information
et des initiatives de transparence gouvernementale

Suzanne Legault

Commissaire à l’information du Canada par intérim

St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador)

Le 17 mai 2010

PRIORITÉ AU DISCOURS PRONONCÉ

Je vous remercie de m’avoir invitée aujourd’hui.

Michael Geist, un spécialiste des règles de droit applicables à l’Internet et au commerce électronique, a rédigé récemment un article intitulé « Open government moving in parallel but opposite directions ». Dans cet article, il aborde la question des problèmes systématiques associés à l’obtention de renseignements grâce à des systèmes officiels d’accès à l’information et compare ce processus aux initiatives officieuses organisées par des citoyens pour assurer l’accès à l’information gouvernementale. Il en vient à la conclusion qu’il serait peut-être temps de combiner les deux types de processus.

La transparence gouvernementale est étroitement associée à l’accès à l’information et à la divulgation proactive. Cependant, elle va bien au-delà de ces deux concepts puisqu’elle constitue une nouvelle façon d’examiner l’appareil gouvernemental et la participation des citoyens. Où en sommes-nous à l’heure actuelle? Comment pouvons-nous atteindre l’objectif ultime, c’est-à-dire la convergence des voies d’accès officielles et officieuses?

J’aimerais tout d’abord examiner de quelle façon nos lois et la jurisprudence connexe traitent actuellement la complexité de l’accès à l’information. La loi est fondamentalement réactive dans la façon de régir l’accès à l’information et reflète le mode de fonctionnement traditionnel du secteur public. Elle est réactive en ce sens que l’accès est accordé sur demande seulement.

Dans ce contexte, la jurisprudence devient le principal facteur pour soutenir les principes fondamentaux de l’accès et influencer l’évolution de nos régimes d’accès.

J’aimerais également discuter des avantages que présente un environnement dans lequel l’information est entreposée électroniquement et divulguée de façon proactive, sauf pour ce qui est de l’information que les gouvernements doivent protéger parce qu’elle présente un danger pour un intérêt public ou privé. Il s’agit d’un milieu dans lequel l’information est diffusée de façon routinière, parce qu’elle peut l’être, et ce, grâce à la technologie.

La divulgation proactive est un élément essentiel du concept plus vaste de transparence gouvernementale. La transparence gouvernementale repose sur un système en vertu duquel les dossiers du gouvernement sont accessibles aux citoyens selon une formule de normes ouvertes qui permet une utilisation et une réutilisation illimitées de l’information. C’est ce qui facilite l’engagement public et la participation qui, par ricochet, favorisent une plus grande transparence, une responsabilisation et, en fin de compte, une confiance accrues dans le gouvernement.

Nous entendons constamment parler de nouvelles initiatives de transparence gouvernementale émanant des secteurs public et privé. J’aimerais profiter de l’occasion pour décrire quelques projets d’envergure nationale et internationale et énumérer les principes fondamentaux qui ont contribué à leur réussite.

Mode réactif

À quoi ressemble l’accès à l’information gouvernementale lorsqu’on examine le mode réactif de l’accès? Comment fonctionnent nos lois lorsqu’elles obligent une personne à demander l’accès à l’information?

En 1997, la Cour suprême du Canada a reconnu le droit du public à l’information détenue par le gouvernement comme un droit quasi constitutionnel. Les juges ont reconnu que ce principe est essentiel au système démocratique et qu’il permet une participation marquante dans une société juste et libre.

Au Canada, nous avons des lois (14 au total) prévoyant le droit à l’information détenue par le gouvernement. Comment se comparent nos lois aux normes d’aujourd’hui? Le Commissariat a élaboré 20 principes qui caractérisent généralement les régimes progressistes reconnaissant l’accès à l’information à l’échelle internationale.

En plus d’inclure l’accès à l’information gouvernementale dans la constitution, ces régimes prévoient :

-l’obligation de diffuser l’information de façon proactive;

-l’inclusion de tous les organismes publics et de leurs documents;

-le recours à des critères de préjudice;

-de vastes dérogations en ce qui a trait à l’intérêt public;

-l’examen indépendant des refus en cas de pouvoir de rendre une ordonnance;

-l’obligation d’établir des documents.

Lorsque les lois canadiennes ont été examinées en fonction de ces normes, les résultats variaient considérablement. Ainsi, le Québec et la Colombie-Britannique ont obtenu 12 et 10 points respectivement, alors que Terre-Neuve-et-Labrador n’a obtenu que 7 points. La Loi sur l’accès à l’information fédérale arrive au dernier rang, avec deux points seulement. Il est évident qu’il y a un besoin réel d’amélioration à Terre-Neuve-et-Labrador et à l’échelle fédérale.

Dans un contexte de diffusion rapide des données allant au-delà des frontières nationales et internationales, nous devrions essayer d’assurer une conformité accrue avec les normes internationales comme mesure importante pour favoriser la convergence.

D’un point de vue pratique, le mode réactif d’accès à l’information gouvernementale s’est avéré onéreux et fastidieux et ne répond pas aux attentes des citoyens, surtout dans le cas de la génération qui connaît bien la technologie. Il y a près de dix ans, le gouvernement fédéral avait évalué entre 1 400 $ et 2 200 $ le coût moyen du traitement de chaque demande.

Ce coût incluait l’extraction des données pour répondre aux demandes, une activité qui donne souvent lieu à l’extraction d’une vaste quantité de documents, dont bon nombre sont des doubles en raison des échanges de courriels et de la « copie carbone » électronique. Le coût incluait également le temps requis pour examiner, rédiger, reproduire et expédier les documents.

Pour les demandeurs, le délai de traitement des demandes est excessif et inacceptable. Notre récente évaluation a permis d’évaluer le rendement de 24 organismes visés par 88 % des demandes d’accès reçues par le gouvernement fédéral. Le délai d’exécution moyen variait entre 34 et 163 jours.

Sur le plan de la surveillance, le mode réactif présente des défis lorsque vient le temps de mener des enquêtes sur les plaintes. Ainsi, nous avons un barème de tarification désuet conçu il y a plus de 27 ans, alors que la loi visait l’information sur papier.

Lorsqu’on examine les plaintes relatives aux frais associés à l’information électronique, on se rend compte que les frais exigés par les organismes pour créer des dossiers à partir d’information contenue dans des bases de données semblent exagérément élevés.

Les frais sont parfois raisonnables compte tenu des opérations requises pour manipuler les données dans une forme raisonnable. Cependant, les frais exigés peuvent parfois avoir un effet dissuasif sur le plan de l’accès.

Par ailleurs, le processus d’enquête sur les plaintes en cas d’absence de documents, de documents manquants ou de recherches incomplètes, qui représentent actuellement 35 % des plaintes de refus, est de plus en plus complexe. Les politiques inadéquates en matière de gestion de l’information et le non-respect de principes fondamentaux de gestion de l’information donnent lieu à des plaintes visant de vastes quantités de documents renfermant de nombreuses versions et des doubles des mêmes données et, dans les cas extrêmes, l’absence de documents pertinents.

Importance de la jurisprudence

La jurisprudence illustre les tensions inhérentes à un mode d’accès réactif et influence l’interprétation de la législation selon l’administration.

À l’échelle fédérale et à Terre-Neuve-et-Labrador, quelques causes types soulignent l’importance que nous accordons à la jurisprudence en matière d’accès à l’information et à l’application valable de la loi grâce à des voies juridiques.

Le contrôle des documents et la question de savoir si les ministres sont considérés comme des administrateurs des organismes est au cœur d’une cause de longue date visant le refus de la Défense nationale, de Transports Canada, de la Gendarmerie royale du Canada et du Cabinet du premier ministre de fournir l’agenda du premier ministre, l’agenda d’un ministre et les procès-verbaux de réunions et documents connexes.

Par suite de décisions rendues par la Cour fédérale et la Cour d’appel fédérale, le commissaire à l’information a obtenu l’autorisation d’en appeler de la décision de la Cour d’appel fédérale devant la Cour suprême du Canada. La date de l’audience est prévue pour le 15 octobre 2010.

Dans l’affaire Société Radio-Canada c. Commissaire à l’information du Canada, la Société Radio-Canada conteste notre pouvoir législatif d’exiger l’obtention de documents dans le cadre d’une enquête. La Société estime que les documents sont exclus du droit d’accès prévu dans la Loi sur l’accès à l’information et que même le commissaire à l’information ne peut pas exiger l’accès. Aucune date d’audience n’a été fixée pour le moment.

Dans une affaire semblable à Terre-Neuve-et-Labrador, le gouvernement prétend que la loi ne s’applique pas à un rapport de la police provinciale de l’Ontario relativement à un haut gradé de la Force constabulaire royale de Terre-Neuve. Autrement dit, le commissaire ne peut pas déterminer si le refus de l’accès au rapport était justifié ou non. Le juge Fowler a conclu que le commissaire n’avait pas le droit d’examiner les documents. Il a reconnu que la décision limitait les pouvoirs de la Loi et indiqué qu’il incombait à l’Assemblée législative de la modifier.

Je crois comprendre que le commissaire Ring a décidé de ne pas en appeler de cette décision, mais qu’il abordera la question dans le cadre de la révision imminente de la Loi.

Toujours à Terre-Neuve-et-Labrador, une décision rendue récemment par un tribunal aurait pour effet de limiter considérablement la capacité du commissaire de procéder à un examen indépendant de documents à la suite d’une plainte. 

Cette plainte visait le secret professionnel de l’avocat invoqué par un organisme public en ce qui a trait à tous les documents fournis en réponse à une demande parce que les documents en question avaient été soumis à un conseiller juridique à des fins d’examen. Le tribunal a donné raison à l’organisme public, qui refusait de fournir les documents en question parce qu’ils renfermaient des renseignements confidentiels. Le commissaire Ring a décidé d’en appeler de cette décision.

Enfin, le commissaire à l’information était l’une des parties intervenantes dans l’affaire The Criminal Lawyers’ Association c. Ontario (Sûreté et Sécurité publique).

Cette affaire portait sur deux grandes questions.

La première était la question de savoir si une disposition de la loi ontarienne sur l’accès à l’information porte atteinte au droit à la liberté d’expression tel que garanti par l’alinéa 2b) de la Charte canadienne des droits et libertés.

La deuxième était la question de savoir si la disposition va à l’encontre du principe constitutionnel de démocratie puisque la primauté de l’intérêt public ne peut pas être invoquée dans le cas de l’information exemptée en raison du secret professionnel de l’avocat ou de l’application de la loi.

Près de deux ans plus tard, la Cour suprême du Canada n’a toujours pas rendu de décision.

Les motifs invoqués dans ces affaires entravent sérieusement notre capacité, en tant qu’organisme de surveillance, de procéder à un examen complet et éclairé des documents dans le cadre d’une enquête. Ils vont à l’encontre d’un des principes fondamentaux de l’accès à l’information, soit la surveillance indépendante.

La transition vers la divulgation proactive et la transparence gouvernementale

Bon nombre de nos lois ont été rédigées avant qu’on envisage ou qu’on comprenne l’informatique et longtemps avant l’avènement des réseaux sociaux.

La plupart des lois ont été rédigées avant que les citoyens commencent à exercer de plus en plus de pressions sur les gouvernements pour qu’ils transforment leurs méthodes traditionnelles réactives de diffusion de l’information en méthodes facilitant la divulgation proactive.

Malgré tout, j’estime que nos lois reposent sur des principes fondamentaux valables. Tout comme la loi fédérale, la loi dite Act to Provide the Public with Access to Information and Protection of Privacy de Terre-Neuve-et-Labrador précise que :

[Traduction]

La Loi vise à compléter les modalités d’accès aux documents de l’administration fédérale; elle ne vise pas à restreindre l’accès aux renseignements que les institutions fédérales mettent normalement à la disposition du grand public.

Cet énoncé de l’objet de la loi ne constitue certainement pas un obstacle à l’adoption d’un régime proactif, surtout que le Canada est l’un des pays les plus « branchés » au monde.

Les commissaires à l’information sont devenus les défenseurs de cette cause. Dans sa présentation au comité spécial chargé d’étudier la Freedom of Information and Protection of Privacy Act, l’ancien commissaire de la Colombie-Britannique, David Loukidelis, avait recommandé que la loi soit modifiée afin « d’exiger que les organismes publics utilisent des principes d’accès prescrits dans l’élaboration et l’adoption de tout système ou de tout programme d’information » [traduction].

Dans son récent rapport annuel, la commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario, Ann Cavoukian, énonce sept principes fondamentaux à l’appui d’un accès intégral selon le programme.

Il y a quelques semaines, j’ai comparu devant le Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique pour discuter de la divulgation proactive et de la transparence gouvernementale. À partir de l’examen de la situation qui prévaut dans d’autres administrations et des discussions avec des représentants d’administrations à l’origine de la transparence gouvernementale, j’ai défini cinq principes communs pour assurer la réussite de leurs initiatives.

Pour assurer un changement de cap et passer de la divulgation réactive à la divulgation proactive et, en fin de compte, assurer la transparence gouvernementale, j’ai recommandé l’élaboration d’une stratégie « canadienne » tenant compte de nos caractéristiques et de nos besoins en matière d’information.

J’ai proposé cinq grands principes :

D’abord, il doit y avoir un engagement au sommet de la hiérarchie pour piloter un changement culturel propice à la transparence gouvernementale. À tout le moins, il s’agit d’émettre une déclaration officielle sur la transparence gouvernementale assortie d’objectifs clairs. L’engagement exige également l’attribution des responsabilités en ce qui concerne la coordination, l’orientation et les réalisations attendues. Il exige d’établir des échéanciers précis.

En second lieu, de vastes consultations publiques doivent être tenues. Les citoyens doivent être incités à participer par le truchement de moyens électroniques. Il est essentiel d’établir quelle information gouvernementale le public désire connaître et de quelle façon il souhaite l’obtenir.

En troisième lieu, l’information doit être accessible dans des formats ouverts normalisés et être réutilisable. L’information doit provenir de différentes sources et être intégrée afin de réduire les obstacles inhérents aux structures bureaucratiques.

En quatrième lieu, les questions relatives à la sécurité et aux droits d’auteur de la Couronne doivent être traitées et résolues.

Enfin, les principes de transparence gouvernementale devraient être axés sur la loi et les instruments de politique.

Où en sommes-nous au Canada et quelles leçons pouvons-nous apprendre d’autres secteurs de compétence?

Au Canada, différentes initiatives de transparence gouvernementale de portée différente sont réalisées à différents niveaux, mais elles ne jouissent pas d’une coordination et de lignes directrices centralisées. Comment pouvons-nous influencer une convergence de l’accès à l’information et des initiatives de transparence gouvernementale?

Au sein de l’administration fédérale, les mesures visant la divulgation proactive ont été très timides. Il y a près de dix ans, le gouvernement a instauré une politique exigeant que tous les fonctionnaires à partir d’un certain niveau hiérarchique affichent, en ligne, les détails précis de leurs demandes de remboursement des frais de déplacement et d’accueil.

Quelques années plus tard, grâce à la mise en œuvre de systèmes et de programmes plus perfectionnés, les organismes gouvernementaux affichent ces renseignements et d’autres renseignements, notamment les dispositions des marchés et des subventions et contributions, et le font relativement bien.

Malheureusement, compte tenu de la vitesse à laquelle circule l’information en 2010, ces tentatives de divulgation des renseignements de l’administration fédérale ne sont pas adaptées au contexte actuel, et elles le seront encore moins à l’avenir.

Il y a toutefois des signes de progrès. Ressources naturelles Canada offre un accès libre à des bases de données pour lesquelles il fallait autrefois payer des droits d’utilisateur élevés. Son portail de découverte GéoConnexions est un catalogue de métadonnées qui permet aux utilisateurs et aux fournisseurs de données d’accéder à des données géospatiales et géoscientifiques canadiennes et à des services en ligne, de les évaluer, de les visualiser et de les publier.

La population a maintenant accès à un grand nombre des volumineuses bases de données sur l’immigration de Citoyenneté et Immigration Canada. L’objectif poursuivi est de diffuser les données les plus populaires sans que le public ait besoin d’avoir recours à la Loi sur l’accès à l’information.

La Défense nationale et l’Agence de promotion économique du Canada atlantique mettent à la disposition du public leurs registres de publications des demandes d’accès à l’information. Le Commissariat est en train de modifier son site Web de façon à y inclure les registres de publications, les documents de politique interne, les rapports de recherche et les rapports statistiques.

Plusieurs gouvernements provinciaux ont donné le ton en rendant leurs programmes et services accessibles à partir de portails en ligne et en les rendant interactifs. La Colombie-Britannique a créé un entrepôt de données de recherche provenant de multiples sources gouvernementales, extrayant ainsi des données des bases habituelles.

Terre-Neuve-et-Labrador a conçu le premier système d’extraction de données par Internet permettant d’obtenir et d’analyser des indicateurs socio-économiques du bien-être.

Le nouveau Règlement sur la diffusion de l’information et sur la protection des renseignements personnels du Québec est entré en vigueur en novembre 2009. Ce règlement exige la divulgation proactive de quinze catégories de renseignements gouvernementaux au public, par l’intermédiaire des sites Web du gouvernement provincial.

Les catégories de renseignements visées comprennent des organigrammes internes, des documents d’intérêt public divulgués en réponse à des demandes d’accès à l’information, ainsi que des études, des recherches et des rapports statistiques d’intérêt public.

Le règlement vise une vaste gamme d’organismes, notamment des ministères provinciaux, des municipalités, des commissions scolaires et des organismes de santé et de services sociaux.

À l’échelon municipal, de nombreuses applications pratiques sont mises au point par les municipalités et par les citoyens. Ainsi, les villes d’Edmonton, de Nanaimo, de Toronto et de Vancouver ont créé des catalogues de données en ligne renfermant de l’information sur les réunions du conseil municipal, les rapports d’intervention des services d’incendie et de secours, les calendriers de collecte des ordures, les horaires des services de transport en commun et les statistiques concernant les permis de construction.

Un grand nombre de ces données, notamment les recherches de titres de propriété et les rapports d’inspections sanitaires des restaurants, sont accessibles grâce à des moteurs de recherche, ce qui permet à la population d’extraire et d’utiliser les données. Ottawa est également en train de prendre des mesures pour tirer profit des nouvelles technologies et ainsi offrir un plus grand nombre de services. 

C’est au niveau des collectivités que sont réalisées la plupart des initiatives les plus novatrices. Ces initiatives sont une indication du type de renseignements que les Canadiens et les Canadiennes veulent réellement obtenir.

Dans un récent article du Globe and Mail qu’on pourrait intituler « si vous ne nous parlez pas de nos élus, nous le ferons à votre place », David Eaves, gourou de la transparence gouvernementale de renommée internationale, décrit les nouveaux sites Web conçus par ce qu’il appelle « les activistes de la démocratie numérique  ». Il cite en exemple le site openparliament.ca, qui permet à la population d’entendre ses députés, de voir comment ils votent et de chercher des articles associés aux questions débattues. Il cite également en exemple le site howdidtheyvote.ca, qui fournit une ventilation des statistiques concernant les députés, notamment le nombre de mots prononcés au cours d’une session, la fréquence à laquelle ils votent à l’encontre de la ligne de parti et les registres de présence.

Il y a beaucoup de leçons à tirer de l’expérience d’autres pays sur le plan de la mise en œuvre d’initiatives de transparence gouvernementale.

L’année dernière, les États-Unis ont lancé leur initiative de transparence gouvernementale tant attendue, le gouvernement britannique a pris de vastes engagements en matière de transparence gouvernementale dans le cadre de l’initiative Smarter Government et le groupe de travail australien Government 2.0 a publié un projet de rapport exhaustif.

Ces initiatives présentent des caractéristiques fondamentales communes depuis leur création et durant leur évolution, particulièrement aux États-Unis et au Royaume-Uni, puisqu’elles se fondent toutes sur une solide direction et de vastes consultations publiques et qu’elles reposent sur des répertoires centraux de données appuyés par des outils couramment disponibles pour accéder aux ensembles de données et en tirer parti.

L’initiative américaine de transparence gouvernementale montre bien les progrès impressionnants pouvant être réalisés lorsque c’est le président qui tient les rênes. Lors de nos discussions avec des collègues américains, ces derniers ont mis l’accent sur l’importance du leadership et de l’engagement provenant des échelons supérieurs.

Les objectifs mentionnés étaient parfaitement clairs. Le gouvernement ouvre « les portes et les données » à tous les citoyens afin de favoriser la transparence, la participation et la collaboration.

La transparence est cruciale pour fournir de l’information sur les activités gouvernementales aux citoyens, de façon à ce que le gouvernement puisse, à son tour, être appelé à rendre des comptes. Elle encourage les journalistes, les chercheurs, les fonctionnaires et le public à examiner de près la façon dont le gouvernement exerce le pouvoir au nom des citoyens et, ce faisant, à l’améliorer.

La participation est essentielle en ce sens que le gouvernement doit solliciter l’expertise de tous les secteurs afin d’élaborer des politiques en tirant parti de la meilleure information disponible.

Enfin, la collaboration est nécessaire pour que les fonctionnaires travaillent les uns avec les autres et avec les citoyens dans le cadre de leur travail, qui consiste à régler des problèmes nationaux.

Sur le plan pratique, l’initiative de transparence gouvernementale oblige les organismes à publier l’information en ligne, dans un format ouvert, de façon à ce qu’elle puisse être extraite, téléchargée, indexée et consultée au moyen des applications de recherche communément utilisées sur le Web.

Un format ouvert est un format en vertu duquel les renseignements ne dépendent pas d’une plateforme, sont lisibles par machine et sont mis à la disposition du public sans restriction qui pourrait entraver la réutilisation de ces renseignements. L’organisation responsable est le White House Office of Management and Budget (bureau de gestion et de budgétisation de la Maison Blanche), en collaboration avec le Chief Technology Officer (dirigeant principal de la technologie) et le Chief Information Officer (dirigeant principal de l’information).

Nos collègues ont également insisté sur l’importance d’établir des jalons fermes. L’administration Obama a établi des cibles pluriannuelles et un processus d’évaluation connexe pour mesurer les progrès. Le processus de consultation, la diffusion initiale échelonnée d’ensembles de données des organismes et un rapport d’étape destiné à la population américaine devaient être terminés en décembre 2009, un an à peine après l’entrée en fonction du président.

Le principe du leadership provenant des échelons supérieurs caractérise également les engagements pris par le gouvernement britannique dans le cadre de son initiative Smarter Government. Le gouvernement a adopté des principes fondés sur la diffusion d’ensembles de données publiques disponibles sans frais. Il a promis de diffuser davantage d’information publique, notamment des ensembles de données sur la santé, la météo et la circulation, en vertu de licences ouvertes permettant la réutilisation, y compris la réutilisation à des fins commerciales.

Le groupe de travail australien Government 2.0 a publié son projet de rapport sur la façon de rendre l’information gouvernementale plus accessible et plus facile à utiliser. Le groupe de travail est parti du principe que l’information du secteur public est une ressource nationale et que la diffusion selon des modalités aussi permissives que possible optimisera sa valeur économique et sociale et renforcera une saine démocratie.

Il recommande que l’information du secteur public soit gratuite, fondée sur des normes ouvertes et librement réutilisable.

Étant donné que les données du gouvernement australien sont assujetties à des restrictions en matière de droit de reproduction de la Couronne semblables à celles du Canada, le groupe de travail recommande de diffuser les données gouvernementales en vertu d’une « creative commons attribution licence », c’est-à-dire que le gouvernement conserve le droit d’auteur, mais cède gratuitement les œuvres sous licence en vue de leur réutilisation, sans qu’il soit nécessaire d’obtenir d’autres permissions ou de verser un dédommagement.

Seule la mention de la source est obligatoire.

Cette approche constitue un moyen efficace de libérer les œuvres du gouvernement sans avoir à modifier la loi.

À mon avis, le Canada doit intervenir rapidement pour adopter le principe de transparence gouvernementale. Il est essentiel que le gouvernement favorise la convergence de l’accès à l’information et de la transparence gouvernementale puisqu’il s’agit là de deux mesures qui sont dans l’intérêt du pays.

Le mode réactif traditionnel de divulgation de l’information s’est avéré inefficient, onéreux et souvent conflictuel.

Nous devons moderniser nos lois pour éviter qu’elles aillent dans une direction parallèle mais opposée à la transparence gouvernementale.

Nous devons utiliser la technologie pour assurer la divulgation proactive de l’information au nom de la transparence.

Ce faisant, nous encouragerons la participation des citoyens, surtout les plus jeunes, au processus démocratique.

La transformation peut reposer sur une solide direction, des consultations publiques, une plus grande accessibilité et sur le fait que nous sommes bien résolus à régler les enjeux législatifs et stratégiques.

Quel est notre rôle dans le cadre de cette transformation? Nous pouvons tous être des Diogène du XXIe siècle. Diogène était un philosophe grec qui utilisait sa lanterne pour diriger les gens sur la voie de la sagesse.

En tant que spécialistes de la liberté de l’information, nous pouvons jouer le rôle de Diogène pour promouvoir la participation et la mobilisation des citoyens.